vendredi 20 juin 2008

Conte d'aujourd'hui


Parfois, dans le métro …

Dans le métro bondé, Delphine et Marinette feuillettent leurs magazines et commentent les articles. Comme chaque année avant l’été, les journaux féminins regorgent de conseils de beauté.

- La beauté est vraiment un job à plein temps, remarque Marinette avec philosophie.

- Et comment ! renchérit Delphine. Il faudrait des vacances pour trouver le temps de tout faire !

- Mincir avec des petites recettes miracle, faire du sport.

- Bronzer avant la plage et traquer tous les poils.

- Adopter un nouveau maquillage et essayer une nouvelle coupe de cheveux.

- Et de nouvelles fringues.

- Et pourquoi pas un nouveau mec ?

Elles éclatent de rire, sans s’occuper des regards mornes ou désapprobateurs de leurs voisins et plongent avec délices dans un article sur les méthodes dépilatoires.

- Oh, une épilation au sucre et aux fruits, ça doit sentir bon !

- Je me laisserais bien tenter par une épilation intégrale …

- Noooon ! ne fais pas ça ! Ca fait plus que mal !!! Et si jamais tu es pudique, oublie ! tu es sur un présentoir, comme un poulet plumé au marché.

Elles pouffent encore.

- Tu as essayé ?

- Oui l’an dernier avant les vacances, et je ne suis pas près de recommencer. J’avais l’impression qu’on m’arrachait la peau avec les poils. Par contre après tu ressembles à un bébé. D’ailleurs pour compléter cette impression, on te talque légèrement pour éviter tout frottement de ta lingerie.

Cela fait un moment que le jeune homme sur la banquette derrière elle ne s’intéresse plus à son livre, mais écoute leur conversation. Elles sont tellement dans leur bulle, qu’elles ne chuchotent même plus. Décidément le métro, c’est parfois mieux que le cinéma. Il suffit d’un peu d’imagination … Mais les deux gazelles devant lui ont déjà enchaîné sur un autre sujet. Marinette a en effet trouvé la page « Test » et les voilà qui s’amusent à trouver « Le mec de votre été ». En général, le préférez-vous :

  1. Macho – latino – velu
  2. Ultramince – androgyne – bi
  3. Blondissime – glabre – tatoué
  4. Passe muraille

Marinette et Delphine ne sont pas les seules à rire. L’éclat de rire du jeune homme leur répond. Quand elles se retournent, il fait semblant de s’absorber dans son livre, mais ses oreilles restent aux aguets. Et il n’est plus le seul. La gaieté paraît tout doucement s’insinuer dans quelques visages un peu moins fermés que les autres, qui eux aussi semblent maintenant attendre la suite … Aucun commentaire sur la réponse cochée … Question suivante … Pour trois semaines de vacances, choisiriez-vous :

  1. Un homme adorable et plein de charme, mais sans le sou
  2. Un homme sympathique et drôle, mais très laid
  3. Un homme intelligent et connu, mais pervers
  4. Un goujat puceau, totalement idiot mais beau et riche

Avant que nos deux amies aient pu répondre, la jolie fille de l’autre côté du couloir, lance gaillardement :

- Si ce n’est que pour la durée des vacances, je choisis le ‘d’ sans hésiter.

Une traînée de rire s’installe maintenant dans les rangées.

- La suite. s’impatiente une voix.

Delphine lit à haute voix … Votre destination de rêve avec lui :

  1. Une île au bout du monde sans eau chaude, ni électricité
  2. Son harem, dans son palais des mille et une nuits
  3. Du trekking au Népal
  4. Une villa à Saint-Tropez avec belle-maman

Mais voila que la rame s’arrête. Delphine prend congé de son amie et sort du wagon en même temps que bon nombre de passagers et que d’autres prennent leur place. Toujours plongée dans son magazine, Marinette grommelle :

- Tu parles d’un choix ! Ce test est totalement débile, je me demande si je n’aurais pas plus de chances de trouver le mec de mon été dans ce métro …

- Je suis disponible, ni macho, ni bi, ni tatoué. Et je ne suis pas totalement stupide, lui glisse dans son dos le jeune homme qui le premier avait commencé à écouter, en souriant. Elle se retourne surprise et ne peut s’empêcher de rire.

Et c’est ainsi qu’une jolie rousse rieuse et un grand curieux non dénué d’humour décidèrent de faire fi des tests des magazines, des conventions et de leur fatigue pour aller flâner ensemble dans la douceur d’une soirée estivale …

dimanche 15 juin 2008



Papa


Tu étais le bébé joufflu

Au regard candide,

Tu étais le bambin têtu

Parfois timide,

Le gamin bagarreur,

Impertinent et frondeur,

L’écolier studieux

Et volontiers silencieux.

Tu étais l’ado mordant,

Râleur et incompris,

L’étudiant indolent,

Qui profitait de la vie.

Tu étais le prince charmant

Aux yeux de velours,

Le compagnon aimant

De tous les jours.

Te voila devenu,

Et ce n’est pas ton moindre mérite

Homme ayant vécu

Et papa émérite …

lundi 9 juin 2008

Mots ailés


Mots ailés

Il sourit dans son sommeil.

Un « je t’aime » lointain et léger,

Mais qu’il connaît bien,

Vient de se faufiler dans ses songes.

A son insu, sa bouche répond

En murmurant des mots tendres.

**********

Perdue jusqu’à l’abandon dans un livre,

Elle respire au rythme des mots,

Quand il lui semble reconnaître,

Une main douce et ferme sur son épaule

Et entendre distinctement

Un « mon amour ! » glisser dans son oreille.

**********

Absorbé dans son travail,

Il ne voit pas passer les heures.

Mais parfois, son regard se perd dans le vague,

Sa main suspend son geste,

Il sait qu’elle est là, toute proche,

La petite étoile dans sa nuit.

**********

Yeux ouverts, elle rêve … et inconsciemment,

Elle prononce son nom comme une prière,

Sème son amour au vent …

Quelque part dans les éthers,

Sous l’aile bienveillante des anges,

Pensées douces et mots ailés dansent enlacés …

**********

samedi 31 mai 2008

Dans un cercueil de verre


Dans un cercueil de verre,

J’ai déposé mes espoirs,

Et mes amours délétères,

Au milieu des roses noires.

Le vent mauvais a balayé

Les pétales de mes certitudes

Et les nuages ont pleuré

Sur l’ombre de ma solitude.

Un ange surgi de nulle part,

A effleuré d’une aile légère,

Mon cœur froid et hagard,

Et l’a réchauffé de sa lumière …

dimanche 25 mai 2008

Les choses immuables


Bonne fête Maman !

Les choses immuables

Je n’ai rien demandé,

Rien décidé

De tous ces ouragans,

Ces sentiments,

Ces océans

Qui ont déferlé sur ma vie.

Je me croyais à l’abri,

Invincible derrière mon clan,

Mon sourire ultra blanc,

Mes rêves vif-argent.

Puis j’ai appris les absences,

Le néant de l’impuissance.

En cherchant mon printemps,

J’ai aimé contre le vent,

J’ai ri et pleuré souvent.

Mais il est des choses immuables,

Dieu les a gravées dans chaque grain de sable :

Le regard pur d’un enfant,

Les mots d’amour des amants

Le cœur d’une maman …

mardi 20 mai 2008

Tu es ....


(illustration publiée avec l'aimable autorisation de Plume d'Ange - http://mandala.romandie.com/category/3928/9946)

Tu es la partie arc-en-ciel

De mon cœur,

les ombres sont fugitives

Et les nuages deviennent roses.

Tu es le coin rêve

De ma vie,

je brode l’illusion

En délicates dentelles d’espoir.

Tu es la bulle irisée

De mon bonheur,

Douceur tendre et fragile

Au creux de mon univers.

Tu es le refuge tendresse

De ma solitude

La citadelle contre laquelle

Se brisent peurs et pleurs.

Tu es la petite flamme

Dans mon âme,

Jamais éteinte, toujours vive,

Qui me réchauffe de son amour.

jeudi 8 mai 2008

La déesse et le lutin


La déesse et le lutin

Par une belle nuit de printemps une silhouette lumineuse descendit de l’Olympe. Une des déesses (je ne vous dirai pas laquelle) avait envie de s’éloigner du panier à crabes divin. Elle s’en éloignait même à grands pas et de fort mauvaise humeur. Elle en avait plus qu’assez de l’égocentrisme développé à l’extrême de ses collègues masculins et des disputes continuelles qui agitaient le petit monde des dieux. Elle arriva au bord de la mer et plongea voluptueusement dans les petites vagues sombres. Le spectacle était si beau, que la lune et les étoiles suspendirent leur course dans le ciel pendant un moment pour la regarder se baigner. En quittant l’Olympe, elle avait simplement pensé se cacher un moment dans l’un de ses sanctuaires, le temps de se calmer, mais maintenant elle avait soudain envie d’aller plus loin. Envie de quitter ce monde connu pour partir à l’aventure. Elle sortit de l’eau et regarda vers l’ouest …

Elle se retrouva au bord d’une autre mer, bien plus sauvage, bien plus froide, qui miroitait en gris bleu, et en vert. Le ciel était d’un azur plus pâle, l’air était chargé d’un fort parfum d’iode. La forêt qu’elle pouvait apercevoir au-delà de la lande derrière elle était d’un vert tendre, toute habillée de la beauté de ses feuilles à peine écloses. C’est vers elle qu’elle se dirigea. Quand elle y pénétra, elle tomba en admiration devant ce temple de verdure. Elle salua chaque arbre. S’enfonça dans la futaie. Elle découvrit avec bonheur une source, qui se déversait dans une sorte de vasque naturelle, et elle ne résista pas à l’envie de s’y baigner. Bien que l’eau fût fraîche, elle s’y attarda avec plaisir, jouant dans l’onde cristalline. Au bout d’un moment, elle eut l’impression d’être observée. Elle regarda un peu partout alentour, mais ne vit personne. Pourtant elle était sûre de ne pas être seule. Tout d’un coup, elle vit bouger les fougères sur sa droite et elle se matérialisa juste à cet endroit là. Un minuscule petit être vêtu de vert se tenait là et regardait avidement le bassin à travers les fougères. La déesse se pencha et c’est alors seulement que le petit bonhomme en vert se rendit compte qu’elle se trouvait là, au dessus de lui et non plus dans l’eau et il poussa un hurlement strident. Elle le cueillit doucement avant qu’il ne réussisse à s’enfuir et le souleva. Il devait mesurer au plus une vingtaine de centimètre, ne pesait presque rien, ressemblait à un petit homme en miniature avec des oreilles pointues, était ma foi fort joli garçon, mais pour l’heure totalement terrorisé. Il cessa un peu de trembler quand il se rendit compte que la main qui le soutenait était douce et que la belle femme devant lui n’avait absolument pas l’air hostile. Elle lui sourit et lui demanda gentiment s’il avait l’habitude d’épier les inconnues qui se baignaient (et si vous vous demandez par quel miracle la déesse et le petit homme aux habits couleur herbe pouvaient se comprendre, n’oubliez pas que nous sommes dans un conte et que tout est possible J ). Le petit être se redressa, retrouva un peu de sa superbe et de son insolence naturelle pour répondre crânement : « Je suis un lutin et comme tous les lutins je suis curieux. Et moi je suis tout particulièrement curieux en ce qui concerne les humains, ou plutôt les humaines même. Mais il est rare d’en rencontrer au plus profond des bois. Alors pour une fois que je pouvais observer une de ces géantes à loisir dans ma forêt, je n’allais pas me gêner. Et toute nue en plus … mon rêve ! » L’éclat de rire qui répondit à cette déclaration, le déstabilisa quelque peu, mais il n’avait plus peur du tout. De fraîche au sortir de l’eau, la main douce qui le tenait était devenue chaude et il s’y sentait étonnamment bien. La belle jeune femme en face de lui s’arrêta de rire et lui dit doucement : « Désolée, petit lutin, je ne suis pas une humaine, je suis une déesse ! » Pendant qu’elle parlait ainsi sa beauté naturelle se transformait peu à peu en quelque chose de lumineux et d’infiniment beau et intimidant et le lutin resta assis dans la main de lumière, bouche bée d’admiration. Elle reprit peu à peu une apparence normale et relevant le menton du petit bonhomme d’un doigt taquin, elle expliqua : « Et pour les déesses la nudité est une chose très naturelle, elles la portent avec autant d’élégance que les tuniques de soie fine. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre. D’ailleurs nous allons commencer dès maintenant. »

Avant d’avoir pu répliquer, le lutin se retrouva tout nu lui aussi, assis sur l’épaule de la Déesse qui se baignait de nouveau dans la vasque près de la source. Il cria de peur et de colère et se serra contre le cou de la baigneuse. Elle lui demanda moqueuse s’il criait parce qu’il était nu ou parce qu’il ne savait pas nager. Il répondit rageusement qu’il savait nager comme tous les lutins. Elle le prit alors très délicatement et le posa dans l’eau. Il adorait l’eau et oublia bientôt sa colère. Ils jouèrent un bon moment dans la vasque et quand ils sortirent de l’eau elle les sécha tous les deux d’un seul souffle tiède et très doux. Pendant qu’elle s’y employait, le lutin ne pouvait s’empêcher de regarder son grand corps parfait, et soudain il se rappela qu’il était nu aussi et s’échappa pour chercher ses petits habits verts. « Pas si vite, mon petit lutin » dit une voix près de lui, « tu as eu l’outrecuidance de jouer au voyeur, tu apprendras donc à supporter la même chose. Je pense que la leçon sera salutaire. Je te rendrai tes habits, quand je me rhabillerai moi-même. » Il eu beau bouder, menacer, crier, elle resta inflexible. Et quand elle lui rendit ses vêtements, elle murmura à son oreille : « Je t’appellerai Hero. » « Mais ce n’est pas du tout mon nom ! » hurla-t-il furieux. « D’ailleurs, je ne vais pas te le dire. Les lutins n’avouent jamais leur vrai nom, pour empêcher qu’on ne l’utilise à des fins magiques ». « Ton vrai nom, je finirai bien par le savoir, mais moi, je vais t’appeler Hero, car tu me rappelles une grande dame de là d’où je viens, elle s’appelle Hera et comme toi, elle est insolente, boudeuse, colérique, curieuse, râleuse et très jolie. Ah, j’oubliais, elle est extrêmement jalouse aussi, mais je ne sais pas encore si tu lui ressembles sur ce point … Et maintenant, j’aimerais bien connaître les tiens, car je suppose que tu n’es pas le seul de ton espèce ici. »

Subjugué Hero guida sa Déesse à travers l’enchevêtrement des fougères et des arbres centenaires vers son peuple. La nuit tombait, seuls quelques timides rais de lumière flottaient encore entre les frondaisons, quand une clairière apparut. Le lutin demanda à la Déesse de rester sous le couvert des arbres pendant qu’il avertirait les siens de sa présence. Dans l’ombre naissante, elle vit de minuscules lumières qui s’allumaient de ci de là et de menus bruissements dans les hautes herbes accompagnés de légers murmures, permettaient de deviner une activité certaine. Au bout d’un moment Hero revint la chercher. Elle le suivit belle et sereine jusqu’au milieu de la clairière et sans voir personne encore, salua à la ronde. De nouveau le phénomène lumineux se produisit et elle redevint cet être de lumière irréel de beauté qui avait tant frappé notre lutin. Dans l’obscurité tout le peuple des lutins retenait son souffle. Mais bientôt ce fut simplement une ravissante jeune femme en tunique blanche qui s’agenouilla dans l’herbe. Le plus ancien des lutins s’avança alors pour lui souhaiter la bienvenue et bientôt ce fut un défilé incessant. Chacun voulait la voir de près, la toucher, l’entendre. Fier comme Artaban, Hero s’était planté tout à côté d’elle et ne bougeait pas d’un iota, de peur de se faire prendre sa place. Finalement cette Déesse c’est lui qui l’avait trouvée. Il y eut un festin de fleurs, de baies et de miel, mais personne ne pensait vraiment à manger, il y avait trop de questions à poser, trop de choses à apprendre de part et d’autre. La soirée passa bien trop vite. Les lutins invitèrent la déesse à passer la nuit avec eux, mais elle choisit un joli petit nuage cotonneux qui passait au-dessus d’eux, le cala entre les couronnes des vieux arbres et s’y installa pour dormir. Un sourire paisible jouait sur ses lèvres, quand elle sombra dans le sommeil.

Sous elle dans la forêt, plus d’un lutin rêva d’une déesse lumineuse, cette nuit là. Mais l’un d’eux rêvait d’une naïade nue et rieuse qui se baignait avec lui.

Très loin de là, le Mont Olympe était beaucoup moins paisible. Depuis quelques heures, Zeus tempêtait en constatant la disparition d’une de ses déesses. D’abord il s’était inquiété et avait envoyé Hermès à sa recherche. Mais il revint bredouille et ni Eole, ni Helios parcourant eux aussi la terre, n’avaient trouvé la moindre trace de la fugitive. Le premier des dieux avait bien du se rendre à l’évidence : elle n’avait aucunement l’intention de revenir dans l’immédiat. Il ressentait cela comme un défi et ne décolérait pas depuis. Une bonne partie de la Grèce et du pourtour méditerranéen étaient plongés dans l’obscurité, le tonnerre roulait et la foudre s’abattait avec fracas.

Les jours suivant, la présence de la Déesse se répandit comme une traînée de poudre dans la forêt et la lande. A chacune de ses promenades, guidée par l’inévitable Hero qui ne la quittait pas d’une semelle, elle rencontrait de nouveaux lutins, mais aussi des elfes, des korrigans et … des fées. Celles-ci étaient toutes, sans exception, extraordinairement belles, extrêmement tristes et diaphanes au point d’en paraître transparentes. La déesse apprit qu’elles dépérissaient ainsi depuis que leur reine avait été enlevée par un puissant mage des contrées boréales. Elles avaient longtemps espéré sa délivrance et son retour, mais la reine avait découvert son amour pour son ravisseur et régnait à présent sur un univers de neige et de glace. Lors d’une nuit de pleine lune, quand tout le petit peuple dansait sous les rayons magiques, l’impertinent Hero, juché sur l’épaule de la Déesse, glissa à son oreille : « Comprends-tu maintenant pourquoi je trouve les humaines et toi ma Déesse infiniment plus séduisantes que ces fées dévêtues et jolies mais inconsistantes ? » Elle se tourna vers lui et lui répondit : « Je comprends surtout deux choses : la première est qu’elles sont très malheureuses et que s’il ne se passe rien, elles vont peu à peu disparaître et la seconde que tu as encore joué au voyeur, petit monstre ! » « Il y a si peu à voir » se moqua-t-il « que ça ne compte pas ! » Elle lui jeta un regard étrange et le posa ostensiblement dans l’herbe. Il en fut si surpris, que pour une fois, il resta muet.

Bien plus tard, quand le silence de la nuit se fut étendu sur la forêt, un petit lutin inquiet n’arrivait pas à trouver le sommeil. Il aurait aimé se lover dans les mains chaudes et douces de sa Déesse, sa présence lumineuse lui manquait, comme rien ne lui avait jamais manqué et il se demandait encore, comment quelques mots ironiques avaient pu lui valoir cette mise à l’écart. Dans son petit coeur de lutin, il se sentait … pire il se savait … exclu, banni, exilé du cœur de sa Déesse. Elle était repartie sur son nuage sans même lui dire bonne nuit. Une idée germa alors dans son esprit. Il devait monter la voir. Maintenant. Quand il leva les yeux vers le nuage, calé entre les couronnes des arbres, il faillit renoncer devant l’énormité de la tâche. Les arbres centenaires semblaient toucher le ciel. Mais une petite voix lui disait qu’il devait y aller, qu’il pouvait y arriver. En bordure de clairière, un grand talus couvert d’herbe et plus haut, de rochers, abritait une des grottes des lutins. Quelques arbres avaient poussé tout contre. Il escalada ce talus et put ainsi atteindre les premières branches tout heureux d’avoir trouvé un moyen d’arriver en haut du tronc, qui lui semblait un obstacle insurmontable. Il commença alors à grimper lentement, cherchant la prochaine branche au clair de lune, s’agrippant, glissant, montant. C’était exténuant ! De temps en temps, il jetait un regard vers le haut, mais sous la lumière diffuse de la lune et entre les frondaisons mouvantes le nuage semblait encore bien loin. Une fois, en se redressant, il oublia d’assurer sa prise et tomba dans un grand chuintement de feuilles froissées, plusieurs branches plus bas, atterrissant juste à côté d’un hibou en chasse, qui lui assena un petit coup d’aile d’un air mécontent avant de s’envoler. Il resta assis tout étourdi pendant un moment, avant de reprendre son ascension. Au bout d’un long moment d’efforts épuisants, il toucha enfin quelque chose de très doux et se pensa arrivé, mais ce qu’il tenait à pleines mains était la queue d’un écureuil, qui dormait paisiblement tout la haut et qui maintenant criait de colère. Il eut a peine la force de s’excuser, mais reprit courage en voyant le nuage juste au dessus de lui. Il se reposa un peu. Il devait maintenant avancer avec bien plus de précautions encore, car les branches devenaient très fines, il risquait de tomber à tout moment. Enfin il sentit sous ses doigts la masse cotonneuse et légère du nuage. Mais s’il était facile d’y grimper, il était bien plus grand qu’il ne l’avait imaginé. Quand enfin il arriva sur le dessus et qu’il la vit dormir sereine et belle, il s’écroula totalement exténué et s’endormit instantanément. L’aube dessinait une première ligne laiteuse, loin vers l’est.